Il leur aura tout fait. Non content de les raser en cash-game sur full tilt ou au big game, le jeune prodige Tom "durrrr" Dwan aura fait trembler à lui tout seul toute la communauté des stars du poker en une seule soirée et cela sans même être assis à leur table.
Je m'explique : le premier jour des WSOP, Tom Dwan a lancé le défi suivant sur son blog :
« J'accepte les paris suivants :
3,25 contre 1 pour un bracelet cette année [...]
2 contre 1 pour deux bracelets en trois ans [...]
Moi contre Phil Ivey : 2 contre 1, pari annulé si on gagne tous les deux un bracelet [...]
Moi contre Negreanu : 2 contre 1, pari annulé si on gagne tous les deux un bracelet [...]
Montant minimum des paris : 5,000 dollars [....] »
Il s'agit probablement du plus gros défi de tous les temps dans le monde du poker après celui d'Andy Beal. Et bien sûr, tous ces degen gamblers que sont les Ivey, Brunson, Benyamine, Seed, Negreanu, Bloch, Elezra, Matusow… ont bondi sur l'occasion. Durrrr n'a pas exactement l'image d'un bon joueur de tournoi, ils l'ont d'ailleurs toujours ennuyé, il ne s'en est jamais caché. De l'argent facilement gagné, il leur semblait…
Ce qui s'est passé ensuite, c'est-à-dire il y a deux jours, a failli appartenir à l'histoire. Durrrr a tout simplement tenu la communauté des high-stakers par les c… pendant plusieurs heures. Car à peine dix jours après avoir lancé son défi, le jeune homme se retrouvait en table finale d'un donkament en excellente position pour amputer de nombreuses bankrolls et, accessoirement, remporter son premier bracelet. Coïncidence incroyable, au même moment, dans la même salle, se jouait le championnat de stud hi-lo qui, évidemment, réunissait tous ceux qui avaient parié contre Dwan. Il devait y avoir de l'orage dans l'air. L'ambiance de ce duel à distance était parait-il électrique, entre d'un côté, Tom Dwan en lice pour remporter la plus grosse somme d'argent jamais gagnée en si peu de temps dans l'histoire du poker, et de l'autre, de nombreux pros qui tremblait de voir leur bankroll "in jeopardy".
Pour l'atmosphère, je vous renvoie au blog de Benjo qui était aux premières loges, son excellent article vous donnera une très bonne idée des enjeux.
En ce qui me concerne, je vais enfin parler de ce qui m'a amené à écrire cet article. Ce n'était certainement pas pour écrire un énième compte-rendu de cette incroyable soirée, non, cela a été fait par d'autres, et beaucoup mieux que je pourrais le faire d'ailleurs.
Lorsque j'avais pris connaissance de ce défi lancé par Durrrr, j'avais commencé à le mettre dans mon fantasy pool full tilt pour chaque tournoi des WSOP, ce que je ne faisais jamais auparavant, non pas en raison d'un prétendu niveau médiocre mais tout simplement parce qu'il ne portait aucun intérêt aux tournois. Pourquoi gâcher une place dans mon pool dans ces conditions? Mais avec ce défi, durrrr devenait un choix tout à fait logique. Il me semblait évident que s'il lançait ce défi, certainement mûrement réfléchi, c'est qu'il avait envie de remporter un bracelet mais n'ayant aucun intérêt pour les tournois, il se donnait ainsi la motivation nécessaire pour y arriver. Et, en effet, quand on voit les sommes en jeu, on comprend qu'il fasse des efforts. Ivey, à lui seul, aurait parié 3 millions à 3/1, donc 9 millions pour Durrrr s'il gagne un bracelet. Si on ajoute tous les autres paris, on imagine très bien que cela atteint une somme astronomique.
Ce qui m'a le plus surpris, c'est que tout le monde semble avoir présumé que Tom Dwan était un joueur médiocre en tournoi et que ces chances de gagner un bracelet étaient par conséquent très faibles. Certes Tom Dwan est avant tout un joueur de cash-game et son palmarès en tournoi est assez médiocre (bien que pas mal de joueurs se contenteraient d'une table finale WPT, de quelques deep runs aux WSOP…), mais, pour ma part, rien ne permet d'affirmer qu'il est un joueur médiocre de tournoi. Si ses résultats sont faibles, c'est parce qu'il n'a jamais été intéressé par les tournois, qu'il n'en a que très peu joué, et que dans ceux-là il ne s'est jamais vraiment attaché à les gagner. Pour lui, le buy-in représente bien souvent moins qu'une blinde et le prix réservé au vainqueur moins qu'une journée de travail. Il ne s'est jamais vraiment appliqué dans cette discipline.
On pourrait dire qu'étant un joueur presque exclusivement de cash-game, durrrr manquait d'expérience en tournoi et qu'il n'avait pas le talent de joueurs comme Juanda, Hellmuth ou Negreanu pour exploiter les fish qui sont légions dans les donkament WSOP. Ce serait oublier que durrrr est une sorte d'extra-terrestre. Il fait partie de ces joueurs ultra-talentueux comme les Ivey, Benyamine, Antonius, Brunson…Ces gars-là sont d'extraordinaires joueurs de poker, point barre. Quelque soit la variante, quelque soit la limite, ils sont capables de gagner contre n'importe qui. Et, je pense, en outre, que l'adaptation, pour un joueur de cash-game de ce talent, au jeu de tournoi n'est pas si dure. La principale difficulté est la motivation.
Un peu d'histoire pour étayer mon propos. On peut évidemment rappeler des joueurs comme Doyle Brunson, Chip Reese, Bobby Baldwin, Jack Strauss…, tous purs joueurs de cash-game, n'ayant pas grand-chose à faire des tournois. Et pourtant ils ont tous à leur palmarès au moins une grosse victoire en tournoi.
Plus récemment, on peut citer Antonius qui, après avoir remporté pas mal d'argent en cash-game online lors du boom du poker, avait joué et dominé plusieurs tournois live pour booster sa bankroll pendant deux-trois ans.
Deux autres exemples sont ceux de Phil Ivey et David Benyamine. Commençons par le français : gros joueurs de cash-game mais avec peu de réussite en tournoi (toujours à relativiser par rapport à leur talent), il a décidé, en 2008, pour arrêter de se faire chambrer par ses amis du big game de remporter un bracelet. Bilan quelques semaines plus tard : un bracelet, trois tables finales et quelques autres deep runs…
L'année suivante, Phil Ivey, qui restait sur des WSOP 2008 vierges de toute table finale et sur un bilan en tournoi lors des trois années précédentes décevant au vu de ses capacités, concluait de nombreux paris pour se donner une motivation supplémentaire. Bilan : 2 bracelets et une table finale du main event…
Je pourrais également citer Ted Forrest, ses 5 bracelets et ses tables finales WPT, Sam Fahra (qui a un style de jeu probablement à l'anti-thèse d'un bon jeu de tournoi) et sa deuxième place au main event 2003.
Je suis convaincu que des joueurs de cash-game de ce calibre, dont fait partie, sans contestation possible, Tom Dwan sont capables de faire aussi bien que les spécialistes de tournoi s'ils sont motivés et concentrés. Le seul fait qu'ils n'ont pas des palmarès comparables à celui de TJ Cloutier est simplement du au fait que ce sont des joueurs de cash-game. Les tournois ne les intéressent pas, ils en jouent beaucoup moins, et d'ailleurs à ce titre, des joueurs comme Ivey ou Benyamine ont des stats certainement plus impressionnantes que les spécialistes de la discipline au vu du nombre bien inférieur de tournois qu'ils jouent.
On ne peut pourrait certainement pas dire la même chose du contraire… Imaginez Hellmuth, Negreanu, Matusow, Scotty, Timoshenko, Elky ou Mercier au big game face à durrrr, Antonius, Ivey ou Benyamine… Leur bankroll entière ne leur permettrait probablement de passer la semaine.
Le même constat peut être fait concernant les jeunes joueurs du net. Quand les contrats de sponsoring ont commencé à se multiplier, quels sont les jeunes joueurs qui ont davantage brillé dans les tournois majeurs : Elky, Lacay, Mercier, Michael Martin, Mattern, Eric Liu, Eastgate, Haxton… C'est-à-dire des joueurs qui au moment de leur arrivée sur le circuit étaient des joueurs de cash game online. En revanche, beaucoup joueurs qui dominaient les MTT online ont été nettement moins brillant : Shaun Deeb, Isaac Baron, Daniel Ryan…
Je pense que les joueurs de cash-game acquièrent une connaissance technique bien supérieure aux purs joueurs de tournoi et que ces derniers s'ils voulaient rester au meilleur niveau auraient intérêt à également jouer du cash-game à côté. La transition vers le poker de tournoi demande des ajustements mais qui, pour un joueur de poker du niveau de Dwan n'a rien d'insurmontable. D'autant plus que depuis le temps qu'il joue et étudie le poker, ça m'étonnerait qu'il n'en connaisse pas un bout sur le sujet. Et accessoirement, il sait aussi quelles sont les erreurs à ne pas faire… Son défi est un coup de génie, fait au bon moment. Il a su tirer avantage de son image de fish en tournoi pour se promettre un gain défiant l'imagination. Mais attention, car comme on le sait, du génie à la folie, il n'y a qu'un pas. Si durrrr ne réussit pas à remporter un bracelet, il va se retrouver avec une fortune à rembourser. Coup de génie ou coup de folie?
Les trois prochaines semaines s'annoncent passionnantes si, comme je l'imagine, durrrr refuse les offres de ses "collègues" pour se retirer de leur pari…
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Derniers Commentaires